Sorèze Cimetière : la tombe de la discorde

Un monument funéraire, démoli après une décision de la mairie de Sorèze en 2012, est en vente chez un tailleur de pierre. La famille du défunt et deux associations s'insurgent.

05/01/2017 à 13:43 par redaction.voixdumidilauragais

Le cénotaphe encore en place avant 2012 au cimetière.
Le cénotaphe encore en place avant 2012 au cimetière.

Il s’agissait de l’un des plus hauts et des plus anciens monuments du cimetière communal de Sorèze. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une dalle de béton et une plaque funéraire. En dessous, repose toujours le corps de Michel-Léon-Henri Brière de Bretteville, né en Martinique en 1 821 et mort à Sorèze en 1 840. « Il s’agit du deuxième comte de Breteville, élève à l’école de Sorèze et décédé d’un accident de cheval en haut du plateau du Causse, explique Jean-Paul Calvet, le président de la Société d’histoire de Revel-Saint-Ferréol. Il était élève à l’école de Sorèze et devait rejoindre ses parents le mois suivant, après huit années passées loin d’eux. » Le jeune homme, mort à l’âge de 19 ans, n’a pas eu de descendance.

Plus de 170 ans après, sa tombe commençait à être sérieusement dégradée. Des morceaux de pierre s’en étaient même détachés. « Des mesures de sauvegarde ont été prises : étaiement et cerclage du monument avec mise en place de barrières de protection pour éviter toute approche du public », précise le maire de Sorèze, Albert Mamy. En 2007, la Ville lance parallèlement une procédure de reprises des tombes en état d’abandon. Elle dépose, devant chacune d’elles, un panneau destiné à informer les familles et à prendre contact avec elles.

« Notre archiviste, Marie-Odile Munier, a essayé de retrouver de la famille de Brière de Bretteville en Martinique mais elle n’y est pas parvenue », ajoute Albert Mamy.

Le sujet étonne la Société d’histoire de Revel, ainsi que celle de Recherches spéléo-archéologiques du Sorézois et du Revélois, qui soutiennent que la famille est pourtant « réputée », certains de ses membres ayant été « gouverneur, général en chef des armées françaises en Chine vers 1860, maire de Macouba [une commune de la Martinique, NDLR], etc. »

Une restauration estimée à 106 922 euros

Quoi qu’il en soit, en 2011, la Ville procède au relevage physique des sépultures pour lesquelles les familles ne se sont pas manifestées. Pas moins de 120 concessions sont concernées, dont celle de Michel-Léon-Henri. La commune, qui hésite entre restaurer le monument ou le démolir, demande l’avis de Patrice Calvel, architecte en chef des monuments historiques et du cabinet Le Douarin, économiste de la construction, basé à Quint-Fonsegrives. Ce dernier présente une estimation, évaluant la restauration à 106 922 euros TTC. En plus de l’installation de chantier (4 000 euros), la mise en place de clôture et les étaiements (2 500 euros et 3 000 euros), les différentes étapes de la restauration, de la fourniture des pierres à l’habillage des frontons, sont chiffrés à 51 000 euros. Entre autres, la remise en place de la croix s’élève à elle seule à 500 euros.

« Personne ne s’est posé de questions… 106 922 euros, c’est quand même le prix de construction d’une maison ! Et aucun autre devis n’a été demandé. Pourquoi ce manque de réactivité à cette somme astronomique ? », s’insurgent les deux associations de Revel et Sorèze.

Pour Albert Mamy, l’explication est claire : « C’était le coût d’une telle opération. Il fallait des spécialistes et messieurs Calvel et Le Douarin travaillent conjointement à la restauration de l’Abbaye-école de Sorèze. » Cependant, « le budget communal ne pouvait supporter le coût de la restauration ». En 2012, le conseil municipal décide donc de faire démolir le monument.

Au cimetière, il reste désormais une dalle en béton, surmontée de la plaque épitaphe. (Photo: Nathalie Cauquil)
Au cimetière, il reste désormais une dalle en béton, surmontée de la plaque épitaphe. (Photo: Nathalie Cauquil)

La Ville fait réaliser deux devis, dont l’un par l’entreprise de Nicolas Gallet, de Belleserre, spécialisée dans les travaux de charpente (6 700 euros). Elle choisit cette dernière. « Jean-Paul Gallet, père de Nicolas Gallet, était adjoint aux travaux. Il est bien légitime de se poser des questions ! », tempêtent les sociétés d’histoire et d’archéologie.

Mais Albert Mamy l’assure : « Il n’y a pas eu de rapport entre les deux. De plus, le montant estimé des travaux ne dépassait pas 15 000 euros, la loi ne nous obligeait donc pas à lancer un avis d’appel public à la concurrence. »

Quelque temps plus tard, le monument est retrouvé à la vente chez un tailleur de pierre de Dourgne, contacté à l’époque par la société Gallet pour l’aider à enlever le cénotaphe. L’artisan dourgnol l’a ensuite restauré dans son atelier.

« Le prix payé par la mairie pour la ‘‘démolition’’ n’aurait-il pas suffi au marchand de pierre pour le restaurer sur place ? D’autant que le monument n’était pas classé, une restauration ad hoc aurait pu suffire », insistent la Société d’histoire de Revel et la Société de recherches spéléo-archéologiques du Sorézois.

Des lettres de la famille

Le monument restauré, en vente chez un tailleur de pierre.
Le monument restauré, en vente chez un tailleur de pierre.

Face aux inquiétudes de ces deux associations, qui rappellent « [leur] rôle de défense du patrimoine », Albert Mamy évoque la restauration de l’Abbaye-école, de l’orgue ou du lavoir : « La commune n’a de leçon à recevoir de quiconque en matière de défense du patrimoine », affirme-t-il.

Ces derniers mois, la tension est toutefois montée d’un cran lorsque les Brière de l’Isle, branche de la famille collatérale du défunt, ont pris connaissance de l’affaire. Basés en Dordogne, ils ont écrit à la mairie de Sorèze pour leur faire part de leur mécontentement. Le maire, par ailleurs avocat honoraire, leur a répondu « regretter » qu’ils ne se soient pas « chargés des frais de restauration » afin de « conserver ce monument ».

Il écrit que la commune « est toujours en possession de la grille en fer forgée qui a été démontée » [et qui entourait le monument, NDLR]. Elle la met à la disposition [des Brière] s’ [ils] font acte de propriétaire. »

Dans ce cas, il établira « un titre de recettes à [leur] encontre pour les frais indûment supportés par la commune pour la démolition ». Enfin, le maire « précise que la commune n’a perçu aucun produit d’une quelconque vente de pierres de ce monument ». Il se dit par ailleurs « prêt à recevoir la famille si elle le souhaite ».

Nathalie Cauquil

Concessions : que dit la loi ?

Si une concession de plus de 30 ans présente un aspect délabré, la commune peut constater son état d’abandon et entamer une procédure de reprise. Elle doit s’assurer que la dernière inhumation remonte à au moins dix ans. La famille doit en être avisée et un délai d’attente de trois ans à partir du constat d’abandon doit être respecté.

81540 Sorèze

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