Castelnaudary Stéphane Linou milite pour "une exception alimentaire à la française"

ll a été le premier locavore de France. Alors que la crise agricole bat son plein, Stéphane Linou appelle les politiques à se réapproprier la question de l’alimentation.

16/09/2015 à 14:04 par Paul Halbedel

Stéphane Linou appelle les politiques à sortir l'alimentation du champ concurrentiel européen. (Crédit photo : Paul Halbedel)
Stéphane Linou appelle les responsables politiques à sortir l'alimentation du champ concurrentiel européen. (Crédit photo : Paul Halbedel)

Jeudi 3 septembre, alors que des milliers d’agriculteurs montaient en tracteurs à Paris pour exprimer leur colère, Stéphane Linou était à Salles-sur-L’Hers où il a repris ses fonctions d’agent de développement local quelques semaines après la fin de son mandat de conseiller général.

À l’occasion d’un entretien d’un peu plus d’une heure, celui qui s’est fait connaître il y a huit ans en devenant le premier locavore de France – il s’était alors nourri durant une année entière uniquement avec des mets produits dans un rayon de 150 kilomètres autour de Castelnaudary – nous a livré sa vision de la crise de l’agriculture.

Stéphane Linou a également fait des propositions. « Les Ministres de l’agriculture vont se réunir la semaine prochaine à Bruxelles. Et bien je leur lance un appel depuis Salles-sur-l’Hers : sortons l’alimentation du champ concurrentiel et des règles imposées par l’Europe ! Et profitons-en pour créer une exception alimentaire à la française comme on a pu le faire pour la culture. Il faut décréter l’alimentation des populations comme un enjeu stratégique. Aujourd’hui une majorité de Français est favorable à une sortie de l’Europe alors que c’est pourtant cette institution qui nous garantit la paix grâce à une entente avec nos pays voisins. Alors plutôt que de sortir de l’Europe, ôtons l’alimentation des champs auxquels s’appliquent les règles européennes ! Cela permettra déjà de créer une soupape de sécurité dans ce contexte ambiant de grande défiance envers l’Europe », propose l’ancien conseiller général.

« Nos territoires sont sous perfusion alimentaire »

En faisant cette proposition, Stéphane Linou milite en premier lieu pour que les politiques se réapproprient la question de l’alimentation.

C’était déjà l’une de ses motivations au moment de se lancer dans cette expérience de locavore en 2008. « Je voulais démontrer notre vulnérabilité par rapport aux approvisionnements. Il y a une problématique : on ne produit pas localement ce que l’on consomme. À l’époque, j’avais démontré qu’il y en avait assez pour moi mais les quantités produites ne suffisaient pas pour nourrir localement les populations. Cette vulnérabilité est toujours d’actualité aujourd’hui et constitue un réel danger pour nos sociétés. Une grande surface a aujourd’hui un stock qui lui permet de fournir la population pendant quatre jours. Si elle n’est plus approvisionnée au bout de quatre jours, les gens se tapent dessus. Cette question de la souveraineté alimentaire devient alors un enjeu de maintien de l’ordre public, chose à laquelle doit veiller le politique », estime Stéphane Linou.

Aujourd’hui, il est important de faire en sorte que nourrir les gens redevienne une fonction politique. Cette fonction est sortie du champ politique pour être confiée par défaut aux grandes surfaces alimentaires qui concentrent 88 % de l’alimentation qui est achetée.

Ce dernier appelle donc à une « reterritorialisation » de la production à travers la mise en place de circuits courts et d’initiatives locales. « Au moment de mon expérience de locavore, j’employais déjà ce terme des circuits courts. Un mot qui était alors considéré comme un gros mot et qui est aujourd’hui, repris par tous. Je regrette juste que ce soit par suivisme alors qu’il s’agit d’une simple question de bon sens », note celui qui est par ailleurs conseiller municipal à Castelnaudary. « Aujourd’hui, il est important de faire en sorte que nourrir les gens redevienne une fonction politique. Cette fonction est sortie du champ politique pour être confiée par défaut aux grandes surfaces alimentaires qui concentrent 88 % de l’alimentation qui est achetée. Le résultat, ce sont des territoires qui sont malades et placés sous perfusion alimentaire. En reterritorialisant production et consommation, on obtiendra une sécurisation de la production en matière de quantités. Économiquement, l’achat local permettra de fixer l’agriculture sur son territoire », poursuit-il.

« La question du prix n’est rien d’autre qu’un alibi ! »

Le locavore se veut par ailleurs assez critique quant à la gestion de la crise actuelle de l’élevage par le gouvernement français. Il plaide pour que celui-ci mette en place des actions fortes et ne s’arrête pas aux seuls discours entendus ces dernières semaines.

Des annonces dont il dénonce l’absence de crédibilité : « La crise de la viande ce n’est quand même pas nouveau ! Le président de la République voit débarquer des tracteurs sous sa fenêtre le 23 juillet et il s’aperçoit alors que les deux tiers de la nourriture consommée dans les cantines ne viennent pas de France ! Des instructions ont alors été données aux préfets pour qu’un maximum de produits français et locaux soient servis dans les cantines. Cela va dans le bon sens mais lorsqu’on sait que les pays européens s’apprêtent à voter le Tafta il y a de quoi être dubitatif… Si ce traité est voté, les collectivités locales qui choisiront de se fournir auprès de producteurs locaux, courront le risque d’être condamnées pour favoritisme ! Par ailleurs, comment le président de la République peut être crédible lorsqu’il dit qu’il faut manger français et que dans le même temps l’Armée, compétence régalienne de l’état, mange étranger. Aujourd’hui, les militaires français défendent notre pays mais ne défendent pas nos agriculteurs puisque 50 % de leur alimentation ne vient pas de France. Et ce sont tout de même 250 000 personnes qui sont concernées… »

Et quand on évoque le coût de ce patriotisme alimentaire, Stéphane Linou rétorque : « La question du prix, n’est rien d’autre qu’un alibi. Tout est question d’organisation et de volonté ! Le collège Blaise d’Auriol de Castelnaudary s’est engagé dans une démarche d’approvisionnement en local. Cela n’a pas nécessité plus de personnel que dans d’autres collèges, les retours des élèves sont excellents et le service restauration est bénéficiaire ce qui permet de financer d’autres activités à l’attention des collégiens ! »

11400 Castelnaudary

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