Lutte contre les violences conjugales : l'état des lieux dans le Lauragais

La journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre a permis une mise en lumière de ce fléau. Qu’en est-il dans le Lauragais ?

07/12/2016 à 12:51 par Lola Monset

Le 3 919 est un numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, gratuit et anonyme.
Le 3 919 est un numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, gratuit et anonyme. (Photo d'illustration : Fotolia)

« Les violences à l’égard des femmes ne sont pas en augmentation. Les femmes qui osent les dénoncer, elles, le sont », résume le sénateur de l’Aude, Roland Courteau, acteur majeur sur le sujet des violences conjugales.

Elles seraient seulement entre 10 et 14 % en France à porter plainte. Il est donc difficile de faire parler les chiffres même s’ils donnent une idée de l’ampleur du phénomène.

Le territoire du Lauragais étant informel, il est complexe d’obtenir des chiffres précis sur cette zone. Il faut compiler avec les données du département de la Haute-Garonne et de l’Aude (voir encadré ci-dessous).

Des chiffres qui ne mentent pas

Si le nombre de plaintes ne donne une idée que peu précise du phénomène, le nombre de décès dans le cadre de violences conjugales ne ment pas. En 10 ans en France, 1 500 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints. Tous les deux jours et demi, une femme meurt victime de violences conjugales. Toutes les sept minutes, une femme est violée. Au total, 220 000 femmes sont victimes chaque année de violence dans le couple.

Le Lauragais n’échappe pas à cette tendance. Tous ont en tête le cas de cette mère de famille poignardée par son compagnon à Vallègue en juillet 2015. Plus récemment à Lanta en septembre dernier, une jeune femme reçoit elle aussi un coup de couteau au cou porté par son compagnon. La jeune maman est très grièvement blessée.

Ces cas ne sont portés à la lumière du jour seulement parce qu’ils ont pris une tournure dramatique. La violence n’est pas seulement physique, elle est aussi morale, sexuelle, matérielle, économique… Combien de suicides dérivent des suites de harcèlements psychologiques de la part du conjoint ? Comment les répertorier ?

Les chiffres dans le Lauragais

Voici les chiffres enregistrés en 2015 par la police et la gendarmerie.
>  En Haute-Garonne, 1 949 plaintes pour violences intrafamiliales à l’encontre des femmes dont 1 462 violences conjugales. Depuis 2006, 30 femmes décédées, victime de leur conjoint ou ex-conjoint.
>  Dans l’Aude, 715 cas de violences intrafamiliales sont enregistrés dont 527 de violences conjugales. Sur ces 527 plaintes, 502 concernent des violences physiques et 25 des sévices sexuels. 1 plainte sur 3 concerne des violences survenues après la séparation du couple.
>  De janvier à octobre 2016, la brigade de Castelnaudary a enregistré 40 victimes de violences intrafamiliales dont 36 femmes sur son territoire. Sur ces 40 plaintes, 33 d’entre elles concernent des violences physiques, 1 concerne des menaces, 3 se rapportent à des viols, 3 à des harcèlements sexuels.
>  Les chiffres de la compagnie de gendarmerie de Villefranche-de-Lauragais, regroupant la majorité des communes du Lauragais, n’ont pas pu nous être communiqués.

Les moyens d’actions régionales

Depuis 2009, le Sicoval est mobilisé sur le front de la violence à l’égard des femmes.

Le manque de solution se fait particulièrement sentir en dehors des grands centres urbains où il existe peu d’institutions d’accueil ou d’hébergement », nous confie Claire Doussot, animatrice du CISPD (conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance), en charge de la lutte contre les violences conjugales.

L’association moteur en Haute-Garonne, le Savim (Service d’aide aux victimes d’information et de médiation), effectivement basée à Toulouse tente de rayonner sur l’ensemble du département. Malgré tout, un réel vide existe dans la région, notamment en Lauragais. Un vide qu’il était indispensable de combler, particulièrement pour répondre aux situations d’urgence.

À l’automne 2015, un dispositif est donc mis en place par la communauté d’agglomération. « Il permet de faire face aux premiers besoins de certaines victimes de quitter leur logement dans l’urgence notamment à ces heures du soir ou du week-end au cours desquels les services sociaux ne peuvent pas les recevoir, explique Claire Doussot. Un partenariat a été tissé avec deux hôtels du territoire et un taxi. » Ce partenariat avec le département a d’ailleurs été renouvelé le 17 novembre dernier.

Dans le département de l’Aude, les associations d’aide aux femmes victimes de violence sont mieux réparties sur le territoire puisque Castelnaudary bénéficie de deux centres d’accueil ADAFF (association départementale d’aide aux femmes et familles) avec près de 83 places.

Des moyens sont mis en place également sur l’ensemble de la région afin de mieux former les acteurs relais et améliorer l’orientation des femmes victimes de violences conjugales.

Le sexisme tue

Au niveau national, l’idée est d’aujourd’hui de développer les moyens de prévention. Les violences conjugales n’épargnent aucun milieu, aucun territoire, aucune génération, aucune nationalité, aucune religion. « Elles ne sont pas des problèmes d’ordre privé, c’est un problème de société », commente le sénateur Courteau.

Et comme tout problème sociétal, il convient de traiter le mal à la racine, par l’éducation des enfants. « La masculinité pour certains hommes signifie la domination des hommes sur les femmes, explique l’élu. Ils estiment avoir des droits sur la femme qui devient leur objet. 

Pour le sénateur, la prévention de ce fléau passe donc en priorité par les écoles. Depuis 10 ans, il sillonne son département, de classe en classe. « Si on veut éradiquer ce mal, il faut des lois mais il faut surtout sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge », estime le sénateur. Il en va de même pour le Sicoval. La communauté d’agglomération a mis en place des actions sur le thème des questions de genre auprès des jeunes et des professionnels de la jeunesse.

Les femmes ne sont pas les seules victimes

Environ 30 enfants décèdent chaque année des suites de violences conjugales. D’autres sont traumatisés à vie et sont tentés de reproduire ces violences. 40 % des jeunes délinquants sont des enfants qui sont exposés aux violences conjugales pendant leur enfance. Si des hommes sont touchés par les violences conjugales, 90 à 95 % des cas concernent des violences à l’égard des femmes.

Le nouveau combat du sénateur de l’Aude est donc le développement de centres de soin pour les victimes, femmes et enfants, mais aussi pour les auteurs de violence.

J’avais déjà essayé de faire figurer ces centres de soins sur la loi de 2006. On m’a rétorqué que cela coûtait trop cher. Aujourd’hui, le coût pour la société des victimes de violences conjugales (hospitalisation, enquêtes, hébergements, etc.) est de 3 milliards d’euros par an, commente le sénateur.

Mercredi 23 novembre, le gouvernement a lancé le cinquième plan de mobilisation et de lutte contre toutes les violences faites aux femmes, dans lequel l’un des objectifs est de renforcer l’action publique pour les femmes vivant en milieu rural.

Roland Courteau, un sénateur engagé

Sénateur du département de l’Aude depuis 1980, Roland Courteau a fait du sujet des violences conjugales son cheval de bataille.
« J’ai découvert ce fléau lorsque j’étais conseiller général de l’Aude. J’allais à la rencontre des habitants, chez eux, dans leurs quartiers, confie l’homme politique. C’est sur le terrain que j’ai découvert l’ampleur de ce phénomène. » Alors que le sujet est encore tabou au sein de la société française, Roland Courteau effectue une proposition de loi en 2005. Les dernières mesures législatives sur le sujet remontaient aux années 1980. « À l’époque encore, les violences conjugales n’existaient pas dans les esprits. C’étaient de simples disputes. Ce fut la première idée reçue à combattre », raconte le sénateur.
Il s’emploie donc à expliquer, citer et recenser les données sur le sujet. D’abord accueillie par des ricanements, la proposition de loi de 2005 est adoptée à l’unanimité au Sénat et sous les applaudissements. Grâce à cette loi adoptée en 2006, la prévention est renforcée, les sanctions à l’égard des auteurs sont aggravées et la protection des victimes est fortifiée. Le sénateur participe également à l’écriture de la loi de 2010, qui instaure « le délit de harcèlement psychologique » au sein du couple. Le texte prévoit également la mise en place de séances d’informations dans les établissements scolaires afin de lutter contre les stéréotypes, les violences et le sexisme. Ce que le sénateur s’emploie à faire dans son département. « J’ai rencontré plus de 12 400 élèves en 10 ans », commente-t-il fièrement.

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